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Art : des ventes aux enchères sous très haute tension

Des acheteurs toujours plus nombreux et de plus en plus riches. Des ventes qui atteignent des chiffres record. La folie qui s'est emparée du petit monde des enchères impose un niveau de stress inédit aux professionnels du secteur. Et provoque des départs en chaîne.

thumb 638582 0203201837657 web tete« Dallas, ton univers impitoyable… » A en juger par les remous qui ont secoué le microcosme des enchères d'oeuvres contemporaines en cette fin d'année, le monde de l'art n'a rien à envier à celui du pétrole. L'un des commissaires-priseurs stars, Tobias Meyer, qui peut se targuer d'avoir obtenu, lors des dernières ventes d'art contemporain de Sotheby's à New York, le plus important chiffre d'affaires jamais réalisé en une soirée par cette maison - soit 380 millions de dollars dont 105,4 millions pour le « Silver Car Crash » d'Andy Wharol - a été remercié après plus de vingt ans de bons et loyaux services. Ses résultats n'ont pas été à la hauteur de son concurrent Christie's, qui a atteint le score de 691,6 millions de dollars - dont 142,4 millions pour le seul triptyque de Bacon - et ils n'ont pas satisfait les espérances de Daniel Loeb, le « hedge funder » devenu le premier actionnaire de Sotheby's. Tobias Meyer a probablement servi de fusible au PDG de la multinationale américaine de l'art, Bill Ruprecht, menacé lui-même d'être remercié, après les vives critiques émises à son encontre l'été dernier par Daniel Loeb.

De Marc Blondeau à Thomas Seydoux, la liste est longue des experts, toutes catégories confondues, qui ont quitté Sotheby's et Christie's. Certains, après des années d'expérience, ont préféré tirer profit de leurs puissants réseaux et jouer les « art advisors », les courtiers, les apporteurs d'affaires, bref travailler à leur compte, plutôt qu'au service de leur « auctionner », si prestigieux soit-il. C'est le cas de Thomas Bompard, le spécialiste art moderne et contemporain de Sotheby's Paris, qui a décidé il y a une quinzaine de jours de quitter en beauté son entreprise, après une adjudication très réussie, pour créer sa propre affaire. « J'ai le sentiment d'avoir achevé mon voyage dans l'univers des ventes aux enchères. Mon approche a toujours été entrepreneuriale, alors il est naturel un jour d'avoir envie de devenir vraiment un entrepreneur », souligne-t-il.

 

D'autres professionnels sont partis pour des raisons moins avouables : ils ne supportaient plus la pression de ce métier, le fait qu'il faille remettre les compteurs à zéro après chaque vente, aussi exceptionnelle soit-elle. Et, depuis les années 1980, ce niveau de stress n'a fait que croître, à mesure que la concurrence se renforçait, sous l'influence de plusieurs facteurs : l'envolée du nombre de milliardaires dans le monde et l'internationalisation du marché ; l'engouement sans précédent de ces gens fortunés pour l'art d'après-guerre et contemporain, les chefs d'oeuvre plus anciens se raréfiant ; les rendements médiocres d'instruments financiers délaissés au profit de l'art ; l'irruption de « hedge funds » exigeant des performances toujours plus élevées.

Lire la suite de cet article par Martine Robert sur le site Echos du 20/12/13

Illustration: Hervé Pinel pour « Les Echos' »