Un marché de l'art sans nuances

thumb MuruaniNoirhommeSi l’on tente une analyse globale sur un marché de l’art qui ne l’est pourtant pas tant que cela, l’on ne peut qu’être surpris pas sa dualité. Sur le marché actuel, ou bien les prix sont meilleurs que jamais, ou bien ils n’ont jamais été aussi bas…

Les temps ont changé. Et heureusement dans la mesure où le médiocre est relégué aux brocantes. Malheureusement, lorsque des œuvres « honnêtes » mais sans génie ne sont plus recherchées. Tout n’est plus de nos jours qu’une question d’époque. Prenez un ébéniste de qualité moyenne, mais (horreur !) produisant au XVIIIe siècle : il n’y a plus personne pour s’y intéresser. Prenez un designer du XXe siècle, pas n’importe lequel, mais tout aussi moyen que notre ébéniste du siècle des Lumières, et les enchères fusent.

Jean Cocteau l’avait déjà écrit, la mode est ce qui se démode. Ce qui est nouveau par contre, c’est que les artistes à la mode valent proportionnellement encore plus d’argent que leur équivalent des décennies précédentes. Pour ce qui est actuellement bien en cour, le marché n’a jamais été aussi soutenu. Et il n’est pas question ici de ce qui est exceptionnel, des œuvres de qualité muséale, mais rares sont parmi nous ceux qui peuvent se les offrir. Qu’il s’agisse de chefs-d’œuvre du passé très ancien ou proche, de quelque civilisation ou de quelque continent, le meilleur sera toujours recherché et collectionné.

Si l’on n’est pas Crésus et que l’on ne peut pas entrer en compétition pour le tout haut de gamme, l’on ne peut que profiter des opportunités du marché actuel pour ce qui est déprécié. Il serait en effet étonnant que les prix tombent encore plus bas… Evidemment, tout le monde ne rêve pas d’une commode du XVIIIe siècle ou d’une chocolatière en argent. Alors, si l’on colle à son époque et que l’on veut vivre dans un environnement qui reflète la création d’après la Deuxième Guerre mondiale jusqu’à nos jours, il faut défricher ce qui ne l’a pas encore été. L’art belge, par exemple, des années 1950 et 1960 n’est guère valorisé, à l’exception de quelques noms que l’on peut aisément raccrocher à des mouvements internationaux.

S’intéresser à l’art de son époque est très motivant. Ceux qui ont su le faire avec talent ont d’ailleurs toujours été récompensés financièrement ! La seule différence entre le passé proche et l’actualité, c’est que le « ticket d’entrée » est plus cher. Il est difficile de trouver en galerie des œuvres un peu significatives d’artistes prometteurs (et ce pas nécessairement au niveau du marché) pour quelques milliers d’euros… Tout l’art est alors de repenser à la phrase de Cocteau et d’éviter ce qui n’est qu’une mode pour privilégier ce qui a vocation à l’intemporel ou, si l’on est plus cynique et plus intéressé par les bénéfices que par l’art, ce qui sera à la mode demain… Bref quel que soit le segment du marché visé, il faut viser l’essentiel et non l’accessoire, à moins que celui-ci soit tellement dévalorisé que l’on retrouvera toujours sa mise.

D'après un bel article de Jean Vouet pour le site du journal Le Soir, premier site d'information en Belgique francophone. Mercredi 16 Janvier 2013.

 

Photo: Art contemporain Maruani & Noirhomme Gallery Gilbert & George, les artistes dont l’imaginaire se nourrit exclusivement de Gordon gin ont réalisé ce montage de couleurs vives en seize parties, Sleepy, avec des techniques mixtes, en 1985.

 

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